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Témoignage - Quand j'ai su.


Je fais partie de ces centaines de milliers, voire de ces millions de personnes qui, ces dix dernières années, ont découvert leur atypie.


Pour ma part, je cumule HPI, TDAH et autisme.


J’ai toujours su que j’étais à part, mais je ne comprenais pas pourquoi. Les gens autour de moi se fâchaient contre moi sans que je sache pourquoi. Mes paroles, mon attitude, ma façon

de voir la vie… Je n’imaginais pas un instant que je voyais les choses différemment, que je pensais différemment, que je percevais différemment.


Alors quand, à 37 ans, j’ai découvert ce qu’est un HPI, ou Zèbre pour le côté poétique, ça a été comme une libération. Enfin j’avais un miroir pour me voir, pour me comprendre, pour me reconnaître. Enfin je découvrais que je n’étais pas seule, que des milliers de personnes sont dans le même cas, que des milliers de personnes voient et perçoivent comme moi. Ce fut un soulagement, comme si, d’un coup, j’avais le droit d’exister.


Puis la colère a suivi, bien sûr. Quand on repense à tout ce qu’on a vécu et à tout ce qui aurait pu être différent si on avait su. La colère contre mes parents qui n’ont pas su voir, qui n’ont pas cherché. La colère contre les profs qui n'ont pas su voir, contre cette société si étroite d’esprit, qui appelle trouble ou pathologie tout ce qui n’est pas dans sa norme. La colère contre tous ceux qui m’en ont fait baver juste parce que j’étais différente… sans être différente.


Parce que rien ne se voit.


Au collège, au lycée, les profs disent gentiment à mes parents : « Elle a un gros potentiel, mais elle ne fait pas d’effort ». Mais les efforts, ils étaient invisibles : une acclimatation permanente et inconsciente, qui m’épuisait sans que je sache pourquoi.


Aujourd’hui, je le perçois, ce mode caméléon, cette capacité à se fondre dans la masse pour ne pas faire de bruit. Le masque de la normalité qu’on affiche en société, par sécurité. Cette capacité incroyable à se manipuler soi-même, à se mettre à aimer des choses parce que les autres aiment, à vouloir faire des choses parce que les autres le font. Ce fameux HPI qui m’a aidée à me confondre toute seule.


Puis, quelques années plus tard, c’est le TDAH qui m’a sauté aux yeux. Je n’y avais jamais pensé, car pour moi l’hyperactivité était un phénomène physique. Mais elle peut être aussi mentale et dissociative. J’ai enfin compris pourquoi je n’arrivais pas à finir ce que je commençais. Pourquoi ma tête pouvait passer des jours entiers au grand galop à explorer des mondes invisibles, des idées sans fin, des théories sur le sens de la vie... Et en comprenant, j’ai pu arrêter de m’autoflageller. J’ai pu diminuer mon exigence envers moi-même, reconnaître et accepter que je fonctionne autrement, que je vis à une autre vitesse, et j’ai appris à le percevoir non plus comme un fardeau ou une anomalie, mais comme un cadeau.


Et ce fut le tour de l’autisme. Un fonctionnement, une hypersensibilité, une vision de la vie qui est en total décalage avec la société. J’ai toujours su quelque part. Donc ça n’a pas été une vraie surprise pour moi. Ce qui a été douloureux, c'est que ça devienne officiel. Parce que c'est à partir de là que j'ai commencé à regarder vraiment, à comprendre à quel point je me suis moi-même maltraitée, en me forçant à faire des choses qui étaient contre-nature, juste pour ne pas être rejetée. J’ai revu l’enfant que j’étais : une enfant ultra-sensible, nécessitant un espace adapté pour ne pas être agressée par les vibrations des autres, mais qui a dû faire autrement parce que l’environnement l’exigeait. J'ai vu une vie douloureuse qui n'aurait jamais du être la mienne.


Ce qui m'a beaucoup agacée ensuite, c'est le fait que quand ça devient « officiel », qu'on est reconnus atypiques, les gens deviennent d'un coup plus compréhensifs. Parce que, malheureusement, encore de nos jours, on ne tolère les gens que quand ils ont leur étiquette d’atypique collée sur le front. Mais cette étiquette a un prix : celui de la pitié, du traitement de faveur, comme si, d’un coup, on devenait inférieur, fragile ou handicapé.


Sauf que le seul handicap, c’est une société construite sur un seul type de fonctionnement, le reconnaissant comme étant le seul acceptable, les autres devant s’adapter à celui-ci. Le handicap, ce n’est pas l’atypie, mais la façon dont elle est perçue.


Aujourd’hui, j’ai compris à quel point ces atypies sont précieuses et porteuses. Ce sont des potentiels inexploités, écrasés, éteints. Alors que la mixité des potentiels, des cultures, des points de vue, quels qu’ils soient, fait la richesse d’un monde.


Si aujourd’hui j’ai décidé d’accompagner l’atypie en thérapie, c’est parce que mon potentiel est dans la reconnaissance de l’Être, une vision profonde de la vie, des choses, des gens. J'ai étudié toute ma vie, à travers mes expériences, faisant mes propres découvertes, sans être parasitées par ce qui est « connu ». J’ai acquis mes connaissances en « réparant » mes pots cassés, en explorant les profondeurs de mon être, en me retrouvant telle que je suis, lavée des croyances imposées. Aussi à travers les autres, parce que j’ai toujours été comme ça, une oreille attentive, empathique, avec une perception des nœuds mentaux. L’atypie parce que c’est ce que je connais le mieux, et que je suis en mesure de voir le monde comme ils le voient.


Quand j’ai su, ça a été comme une bombe mêlée de feux d’artifice et de détonateurs émotionnels. Ce n’est pas juste une étiquette qu’on colle sur un front, c’est tout un système, toute une existence qui est remise en question. Une série d’événements, de choix, qui prennent sens ou qui perdent tout leur sens. De la colère, de la joie, de la tristesse, de l’euphorie… une météo intérieure qui se détraque et cherche une nouvelle régulation. Des « hourra » suivis de « et je fais quoi maintenant ? ».


C’est une vie entière qui est chamboulée, un être entier qui se décompose et se recompose.

C’est un chemin intense, bouleversant et magique que je souhaite à tous.

Parce que le mien m'a permis de déployer mes ailes.

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